La pomme biologique : conseils pour la mise en place d'un verger
Mercredi, 24 Novembre 2010 15:43
| La création d'un atelier bio pour un conventionnel s'apparente à la mise en place d'une nouvelle espèce inconnue qui demande une acquisition technique et des savoir-faire nouveaux. Ci-dessous les conseils de la Chambre d'Agriculture du Tarn-et-Garonne, premier département français producteur de pommes, pour créer son verger de pommes biologiques. Conseils techniques et exemples de démarches "filières" en bio. |
Comme l'agriculture biologique limite les possibilités d'intervention, la recherche d'un équilibre entre les différents facteurs est indispensable dans ce mode de production.
D'autre part, il faut savoir que les rendements moyens d'un verger biologique sont souvent inférieurs à ceux d'autres vergers, et les temps de travaux plus importants (interventions manuelles plus importante), notamment pendant la période de conversion.
Les points-clés pour réussir la mise en place de son verger de pommes bio :
Bien choisir son matériel végétal
Le choix du matériel végétal est un facteur clé de la réussite d'un verger en AB. Il doit se réfléchir dans les deux ou trois années qui précèdent la plantation, afin de prendre le temps de trouver le bon matériel.
Le choix des variétés doit être réalisé en prenant en compte le type de débouchés commerciaux. Par exemple, le panel variétal est plus important dans les situations de vente directe.
A la conception du verger, le choix de variétés résistantes, ou mieux, peu sensibles aux bio-agresseurs, permet de réduire nombre d'applications phytosanitaires. Les travaux de sélection ont abouti à une collection de variétés performantes et résistantes à certains bio-agresseurs (tavelure, oïdium, pucerons) et offrent ainsi une gamme de plus en plus large. Par exemple, la variété de pomme Goldrush allie à la fois des résistances au puceron cendré et à la tavelure, et des caractéristiques agronomiques intéressantes (qualité des fruits, conservation). Elle présente cependant une sensibilité à l'oïdium.
En verger de pommier, l'alternance est étroitement liée à la variété et à l'éclaircissage. Une fois que l'arbre est entré dans un cycle d'alternance, il est difficile de retrouver un équilibre. La gestion de ce problème passe prioritairement par le choix variétal, l'utilisation de produits dessicants sur fleurs, l'éclaircissage manuel précoce, et ponctuellement par l'éclaircissage mécanique.
A la plantation, le mélange des variétés ou des espèces permet de réduire les risques de développement d'agents pathogènes indésirables, mais ces techniques s'avèrent parfois difficiles à mettre en pratique (mélange d'espèces notamment).
Le porte-greffe doit à la fois présenter une adaptation optimale au type de sol, et une grande autonomie (vigueur supérieure et prospection racinaire maximale). Il doit aussi donner plus de souplesse dans l'entretien du verger : réduction des apports nutritionnels, moindre concurrence du couvert herbacé. Le Supporter 4 (PI 80) est le porte-greffe le plus intéressant dans la région pour tous ces aspects.
Les distances de plantation dépendent de la vigueur des variétés et des porte-greffe retenus, ainsi que du potentiel du sol et de la conduite prévue. En AB, il est conseillé de planter à des distances un peu plus denses qu'en conventionnel, afin de compenser le manque de vigueur, à porte-greffe équivalent.
Adopter une conduite intégrant des méthodes alternatives
L'aménagement d'un environnement favorable à la vie de la faune auxiliaire (haies composites, nichoirs, bandes enherbées fleuries...) permet non seulement d'augmenter la biodiversité du verger (effet accentué par la non utilisation de pesticides de synthèse), mais aussi de réduire les populations de certains ravageurs (psylles, lépidoptères, pucerons, cicadelles, cochenilles, acariens...).
Des mesures prophylactiques sont par ailleurs indispensables pour réduire l'inoculum de maladies ou ravageurs : retrait des fruits (monilioses, carpocapse...), et broyage ou enfouissement des feuilles tombées au sol à l'automne (tavelure).
La conduite de l'arbre peut permettre de limiter les attaques de certains bio-agresseurs. Dans le cas du pommier par exemple, une conduite qui équilibre la branche fruitière permet de réduire les attaques de puceron cendré, de lanigère et de tavelure.
La gestion raisonnée de l'alimentation des arbres (eau et azote) est à l'origine d'une meilleure maîtrise de la vigueur. Elle permet ainsi de réduire l'appétence du végétal vis-à-vis des insectes piqueurs-suceurs et l'intensité de la taille (économie en main d'oeuvre).
En dernier recours, quand elle est nécessaire, la protection phytosanitaire doit intégrer les connaissances sur le développement des bio-agresseurs, les outils de détection (pièges), les modèles de prévision, le choix judicieux du produit, pour être limitée à des applications efficaces et justifiées
Les produits autorisés en AB et homologués en France - pour la culture et la cible visées - sont peu nombreux. Leur action est surtout préventive (cuivre, soufre) ou à spectre trop large (pyrèthre et spinosad sont également toxiques sur les auxiliaires. L'utilisation du cuivre est aujourd'hui limitée à 6 kg par ha et par an de cuivre métal, en raison de son accumulation dans les sols et de son incidence sur le potentiel de mycorhization. Des produits alternatifs sont testés et proposés (bicarbonate de potassium, extraits de plantes,...).
Depuis plusieurs années, la faisabilité de la protection d'un verger en AB a été largement facilitée par l'arrivée de techniques plus sélectives, comme la confusion sexuelle et l'emploi d'insecticides microbiologiques (virus de la granulose, Bacillus thuringiensis). Des produits comme l'argile offrent, grâce à leur action protectrice, des pistes intéressantes d'alternative aux insecticides naturels.
Exemples de démarches filières en bio
Plusieurs démarches "filière" existent pour la pomme bio. La plus connue est celle des "Amis de Juliet", avec la variété JulietR, qui représente actuellement 185 ha en France et vise un potentiel de 250 ha au total. Le prix payé au producteur se situe autour de 70centimes d'euros, après la période de conversion.
Une des plus récentes est celle des "Vergers Bio du Sud-Ouest" avec les variétés OpalR, Dalinette et Goldrush. C'est une démarche contractualisée avec un prix garanti pour 9 ans. Les premières plantations auront lieu cet hiver et le potentiel visé est de 100 hectares sur le Sud-Ouest.
Enfin, il faut citer Coop Garonne avec la mise en place depuis plusieurs années d'une section bio autour de la démarche DélisdorR et d'une gamme variétale de pommes bicolores.
Au total, l'ensemble des démarches existantes représente pour le Tarn-et-Garonne un potentiel de développement d'une centaine d'hectares de plantation de vergers de pommes en bio d'ici à trois ans.
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